"Auschwitz commence partout où quelqu’un
regarde un abattoir et pense :
ce sont seulement des animaux." Theodor Adorno
Auschwitz, « comme » un abattoir ? Le docteur Josef Mengele, l’ange de la mort d’Auschwitz, surnommait les prisonniers, qui servaient à ses
expérimentations médicales, des « cochons (*) ».
Pourquoi cette apathie du grand public face à l’expérimentation humaine ? La banalisation de l’expression « cobaye » - banalisation
grandement alimentée par les médias - y est pour beaucoup. Ceux qui participent à des essais cliniques sont automatiquement affublés du qualificatif de « cobaye », pour mieux les déshumaniser en
les plaçant au rang « inférieur » de l’animal. Ils ne sont pas comme nous. Ce sont seulement des animaux.
Les français sont les plus gros consommateurs de médicaments allopathiques en Europe. Pourtant, la majorité considère comme « dangereux »
le fait de tester des médicaments. Alors, pourquoi continuer à consommer des médicaments, si l’on croit que d’autres se sacrifient ou soient sacrifiés pour notre petit confort, notre petite santé
? Parce que ces « autres » ne sont pas comme nous. Ils sont des cobayes. Ce sont seulement des animaux.
L’industrie pharmaceutique est souvent accusée d'être cynique... Mais la société entière fonctionne ainsi ! Et le système de
pensée/défense des consommateurs de médicaments égal en cynisme celui des labos. Une société utilitariste qui prône le sacrifice de quelques-uns pour le bien-être du plus
grand nombre.
Le mot « cobaye » devrait être utilisé seulement quand les sujets d’expérimentation sont des victimes. Les animaux le sont toujours en
l’espèce. Mais avant d’être des « cobayes », ces animaux sont des cochons d’Inde, des rats, des souris, des chiens, des
singes, etc. Et les humains traités comme des « cobayes » sont les prisonniers, ou ceux qui ne peuvent pas donner de consentement éclairé, tels les malades mentaux (asiles), les enfants
(orphelinats), etc. Tous les participants aux essais cliniques ne sont pas des victimes. Des malades contribuent grandement au progrès de la recherche médicale et à la découverte de
thérapies. Ils disent vouloir devenir les acteurs de leur traitement.
Pendant que des participants aux essais cliniques deviennent « les acteurs de leur traitement **», les consommateurs de médicaments se déresponsabilisent et se victimisent. La majorité des essais cliniques tourne autour des
mêmes maladies ; celles liées à notre mauvaise hygiène de vie : manque d’exercice physique, tabagisme, alimentation trop riche en graisses saturées et en sucre (diabète type II, hypertension,
maladies cardiovasculaires). Il suffirait d’un peu de bon sens, et d'une attitude responsable vis-à-vis de notre santé, de notre consommation de médicaments, et les labos ne produiraient plus ces
médicaments de confort, autrement appelés "blockbusters" et leur cohorte de "me too".
L’expérimentation animale est une méthodologie obsolète. La preuve est le nombre de mes compagnons qui refusent d’être les premiers
testeurs humains après les animaux : trop « risqué » me disent-ils. L'utilisation d’animaux comme « cobayes » n'est jamais éthiquement justifiable. Décréter que l’autre est inférieur à soi pour
mieux justifier/accepter son exploitation. Le combat contre les animaux « cobayes » doit s’associer à celui contre des humains « cobayes ». Mais qui se soucie de ces « autres », pas
comme nous ? Ce sont seulement des animaux.
(*). Charles Patterson, Eternal Treblinka : Our treatment of Animals and the Holocaust,
Lantern Books, p47.
(**). Laure Pelé, "Un site pour tout savoir sur les essais de médicaments",
Le Parisien, 11 avril 2009.