J'ai écrit un article de présentation de mon livre, pour le site américain "Guinea Pig Zero", de mon alter ego Robert Helms. Mon article apparaît forcément en anglais, j'espère qu'il n'y a pas eu
trop de "lost in translation". Ci-dessous, voici la version originale :
Robert Helms m’a fait l’amitié de m’inviter sur son site, pour vous présenter mon livre
« Le Monde Ignoré des
Testeurs de Médicaments », sous forme de témoignage/enquête dans l’univers de l’expérimentation humaine. J’espère qu’il sera traduit en anglais, car mon livre parle également des essais
cliniques au Royaume-Uni et aux USA.
Il existe déjà des livres sur les essais cliniques écrits par des scientifiques et des journalistes français, mais jamais encore par des testeurs. Ce livre est un document d’actualité unique qui
rend compte de la réalité de cet univers avec leurs mots et leurs réflexions, sans misérabilisme ni voyeurisme. Je suis en quelque sorte l’alter ego français de Robert Helms, sauf que nous avons
une conception radicalement différente du monde des testeurs de médicaments.
Mon livre n’est pas le
guide Michelin des meilleures (ou des plus mauvaises) unités de recherche, cependant, j’évoque également souvent la compensation financière (qui n’est pas un
salaire, puisque tester un médicament n’est pas un travail), que je compare à l’
indice Big Mac (indice inventé par le magazine
The Economist) et que j’ai nommé
indice
CRO (CRO = Contract Research Organization). De plus, je fais très attention à l’utilisation de l’expression « cobaye ». Un
cobaye humain est une victime, est tous les participants à
des essais cliniques ne sont pas des victimes !
Je n’ai pas un discours victimisant à l’égard des testeurs de médicaments, par contre je rétablis certaines vérités qui ne sont pas agréables à entendre, lorsque l’on est soi-même un testeur.
Nous ne sommes pas des
martyrs et encore moins des
héros de la Science. Nous sommes de simples petits soldats au
service de l’industrie pharmaceutique. Certains d’entre
nous - les vétérans qui ont participé à des dizaines d’essais cliniques - se sont transformés en véritables
mercenaires, autant que puisque l’être déjà les médecins investigateurs.
Il y a différentes raisons qui m’ont conduit à écrire ce livre. L’une d’entre elles, je l’ai illustré à travers un proverbe africain ajouté à la fin de mon livre :
« Aussi longtemps que les lions n'auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur. »
Dans le contexte des essais cliniques, remplacez « lions » par « testeurs », « chasse » par « science » et « chasseur » par « chercheur ». Je ne veux pas devenir une historienne des testeurs de
médicaments, mais mon livre apporte une voix aux récits sur l’expérimentation humaine, une voix qui jusque-là ne se faisait pas, ou mal attendre.
Une autre raison est un gros ras-le-bol par rapport aux médias qui caricaturent les essais cliniques de phase I. Ce qui les intéresse n’est pas d’informer mais de faire du sensationnel
: il faut des blessés, des morts, sinon cela ne vaut pas la peine d’en parler. L’exemple le plus significatif est ce qui s’est récemment passé avec le
Daily Express.
Cependant, ma motivation principale à écrire ce livre est que je ne veux plus que mes compatriotes testeurs aient à mentir à leur entourage, parce qu’ils ont honte ou peur d’être jugés. Les
Français sont les premiers consommateurs européens de médication allopathique, nous vivons dans une société terriblement hypocrite, beaucoup plus que dans un pays anglo-saxon comme le
Royaume-Uni.
Il y a également un mythe de la France, meilleure que les Etats-Unis, parce que prétendument indépendante de l’industrie pharmaceutique. Tout cela relève du fantasme. Un autre mythe sur des lois
françaises, prétendument créées pour « protéger les participants français à des essais cliniques », en fait créées pour servir l’industrie pharmaceutique. Les Américains devraient lire mon livre,
ils apprendraient des choses stupéfiantes. La seule différence (et elle est de taille) qu’il y a entre un testeur français ou anglais par rapport à un testeur américain est que le français et
l’anglais sont aussi des consommateurs de médicaments : ils ont accès facilement, souvent même gratuitement à des médicaments, lorsqu’ils tombent malades. Les testeurs américains sont, pour
la plupart, des exclus du système de santé, ils testent des produits qu’ils n’auraient peut-être jamais le luxe de s’offrir, s’ils tombaient malades.
Je dénonce l’hypocrisie de notre société et personne n’est épargné, à commencer par certains anti-lobby pharmaceutique aussi arrogants que l’industrie qu’ils dénoncent et je critique certains
propos de Sonia Shah dans son livre
« Body hunters », ainsi que le comportement de l’association
AHRP (Alliance for Human Research Protection). Nous ne sommes pas des victimes de l’industrie pharmaceutique, les laboratoires sont le reflet de
notre société. La demande est pourrie, l’offre ne fait qu’y répondre.
Pour conclure, j’aimerais rapporter les citations de trois personnalités francophones qui ont lu mon livre, avant sa parution:
« Un témoignage édifiant sur les coulisses de l’expérimentation médicale. Au-delà des dérives révélées, son grand mérite est de nous rendre “plus critiques” vis-à-vis de l’industrie
pharmaceutique. »
Thierry Souccar,
journaliste et auteur scientifique
« Ce témoignage courageux devrait servir de prise de conscience à la fois pour le grand public et pour nos autorités sanitaires. »
André Menache,
consultant scientifique de l’association Antidote Europe
« En tant que témoignage, il vaut la peine d’être lu. Toutefois, l’auteure va plus loin : elle décortique, analyse et soulève des questions éthiques fondamentales. C’est un livre courageux et
précieux. »
Richard Poulin,
professeur titulaire de sociologie, Université d’Ottawa
Et je finirais avec les deux dernières phrases qui clôturent l’introduction de mon livre :
« Pour ceux qui ne veulent plus rester des consommateurs passifs, bienvenue dans le monde ignoré de l’expérimentation humaine ! Un monde “all gain, no pain” (le tout profit, sans souffrance) pour
ses recruteurs (les médecins investigateurs) et ses promoteurs (les laboratoires), un monde “no pain, no gain” (pas de souffrance, pas d’argent ou de thérapie) pour ses sujets d’expérimentation.
»
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